Pauvre Léonard de Vinci

Pauvre Léonard de Vinci qui déchaîne (encore) les passions, bien malgré lui. Le voilà maintenant utilisé à des fins politiques entre la France et l’Italie. Attention, entre la France et l’Italie ne signifie pas entre français et italiens mais entre gouvernements français et italien. Voyons cela en prenant un peu de hauteur…

Léonard de Vinci

Pauvre Léonard de Vinci

Léonard de Vinci (1452-1519) est originaire de Toscane. Il produisit des tableaux devenus célébrissimes : la Joconde certes (conservée à Paris), L’Annonciation (conservée à Florence), la Vierge aux rochers (conservée à Londres), la Dame à l’hermine (conservée à Cracovie), La Madonna Benois (conservée à Saint-Petersbourg), La Cène (conservée à Milan), etc. Mais il fut aussi un ingénieur, inventeur de nombreux procédés et de nombreuses machines, notamment de guerre.
Bref, c’est l’archétype de l’artiste italien érudit de la Renaissance. Durant sa magnifique carrière, il fut appeler entre autres à Milan et Rome, en plus de Florence évidemment, autant d’états différents et rivaux à l’époque.
Il croisa Michel Ange et Raphaël entre autres, notamment à Rome.
Le roi de France François 1er admira tellement cet artiste qu’il l’invita au Château du Clos Lucé (1516) où il mourut en 1519.
Il vécut donc l’essentiel d’une longue vie bien remplie en Italie et seulement 3 ans en France.

Les 500 ans de la mort de Leonard de Vinci

2019 sera l’anniversaire des 500 ans de sa mort.
De nombreuses expositions sont-elles prévues pour célébrer l’un des hommes les plus emblématiques d’Italie et de la civilisation occidentale ? C’est compliqué…
Voilà que le Musée du Louvre (où se trouve la célèbre Joconde, achetée par François 1er au peintre) envisage une grandiose exposition à la fin de l’année 2019. Elle comptait sur le prêt d’oeuvres de Léonard de Vinci, venues de musées italiens, comme cela se fait régulièrement (et heureusement) pour toute sorte d’exposition.

Prêts d’oeuvres d’art entre pays

Les musées français par exemple ont prêté de nombreuses oeuvres aux musées italiens (et vice versa).
Citons pour mémoire des oeuvres de Picasso venues du Musée Picasso et du Centre Pompidou de Paris, prêtées au Quirinale à Rome (2017-2018) ou le célèbre tableau d’Andrea Mantegna, “Ecce Homo” détenu par le musée Jacquemart-André à Paris, prêté au Palazzo Barberini à Rome (2018). Ou des oeuvres de Tintoret pour sa rétrospective au Palais des doges à Venise (2018). Ou encore 60 oeuvres de Monet du Musée Marmottan prêtées au Vittoriano à Rome (2017-2018). On pourrait citer autant d’exemples inverses, de prêt d’oeuvres détenues par les musées italiens vers la France. Bon, restons-en là. Les échanges sont nombreux, réguliers et bénéfiques pour tous.
En effet, les oeuvres d’art circulent d’un pays à l’autre, permettant à toute personne, italien ou français en l’occurrence, de mieux connaître et apprécier les oeuvres des grands artistes, quelque soit leur implantation.

2019 : Pauvre Léonard de Vinci

Mais voilà que, pour le 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci, le musée du Louvre donc avait prévu une grande exposition, avec notamment des oeuvres prêtées par l’Italie. Malheureusement, ce prêt d’oeuvres est remis en question, malgré les contrats déjà signés et les échanges réguliers entre nos pays.
Précisons qu’il ne s’agit pas d’un ressentiment des italiens mais d’un refus d’ordre politique ou de quelques personnalités, comme le conservateur du musée des Offices à Florence.
On entend des arguments du type, Léonard n’est pas français mais italien (certes, qui en doutait ?), donc il doit être célébré en Italie. Ou bien, la France a pris (voire volé) des oeuvres aux italiens. La Joconde a été achetée par la France et d’autres oeuvres italiennes sont effectivement des tributs de guerre, de la même manière que certaines oeuvres des musées italiens sont aussi des tributs de guerre rapportés de l’étranger, Rome ou Venise en savent quelque chose.
Bref, l’actuel gouvernement italien remet en question le prêt d’oeuvres de Léonard de Vinci à la France.

Les échanges culturels comme lien entre les peuples

A l’heure où les personnes circulent si facilement d’un pays à un autre, où les échanges culturels se multiplient pour mieux apprécier les richesses extérieures, à l’heure de l’amitié entre les peuples, on bloquerait l’admiration des français pour ce génie italien de la Renaissance ?
Les italiens se sentent fiers de cette admiration que tous lui portent, fiers d’une culture qui dépasse largement leurs frontières et dont nous sommes tous imprégnés. Léonard devrait les aider à rayonner encore davantage.

Admirer Léonard de Vinci, ce n’est pas s’accaparer ce génie italien et le franciser, c’est au contraire montrer qu’on a tous un peu de l’Italie en nous, dans notre culture. 

Expositions Léonard de Vinci en Italie ?

L’Italie organisera-t-elle elle-même une grande rétrospective des oeuvres de Léonard de Vinci, le Louvre n’intervenant qu’en toute fin d’année 2019 ? Florence, Milan, Rome et Venise s’entendront-elles pour partager leur admiration de Leonardo Da Vinci et partager aussi leurs propres oeuvres ? Espérons que cela puisse se faire. A ce jour, les projets semblent comporter encore quelques interrogations non résolues.

Léonard de Vinci n’est pas français mais il a tellement marqué la culture occidentale, qu’il est un peu notre père à tous.

Et en 2020 ?

L’année suivante, en 2020, on célébrera le 500e anniversaire de la mort d’un autre immense artiste : Raphaël. Espérons que les divergences entre gouvernants seront résolues et que nous pourrons tous profiter de cet autre rayonnement italien.

Lire aussi l’article de la Tribune de l’art du 3 janvier 2018

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