Lire les livres de la villa des papyrus à Herculanum

Vous n’ignorez pas qu’en 79, le Vésuve se réveilla pour projeter, d’abord une pluie de petites pierres ponces puis ensuite, un gaz toxique. Je vous simplifie parce qu’en réalité, c’est plus compliqué, mais ce n’est pas le sujet.
Herculanum et Pompéi furent anéanties et recouvertes.
Or, à Herculanum se trouvait la très riche villa des papyrus, un maison appartenant à Pison – le beau-père de Jules César, avec à l’intérieur, toute une bibliothèque, plus de 1800 oeuvres, malheureusement calcinées.

Ca y est, on a réussi à lire les livres de la villa des papyrus à HerculanumDéplier les livres de la villa des papyrus à Herculanum

Il s’agit de rouleaux de papier, papyrus ou volumen, comme on voudra, datés pour certains du IIIe siècle av. J.-C. et donc, pour les lire, il fallait les dérouler. Découverts dés 1752, on a longtemps cherché à les lire et pour cela, on dépliait les rouleaux. Une technique permettait de le faire mais avec une lenteur extrême. Pour vous dire, on déroulait une vingtaine de cm en 1 mois et 2 à 3m en une année. Cette technique est due au Père Antonio Piaggio, un spécialsite des manuscrits anciens au Vatican.

Et en découpant les livres de la villa des papyrus ?

L’autre technique consistait à couper le cylindre en quatre, à séparer petit à petit les spires et à les étendre à plat, mais la plupart du temps, le papier se fracturait et les dits-rouleaux partaient en petits morceaux, “éparpillés façon puzzle”, comme dirait Raoul.
Pas terrible, vous en conviendrez. D’autant que ces petits fragments, quand on réussissait enfin à les remettre bout à bout ne permettaient pas toujours une lecture claire de leur contenu.

Alors peut-être l’infra-rouge pour lire les livres de la villa des papyrus ?

En 1990, on leur appliqua une technique infra-rouge qui permettait de faire ressortir les couleurs de l’encre par rapport à la couleur du papier carbonisé. Enfin, uniquement sur les manuscrits déjà ouverts et encore, le résultat n’était pas toujours probant. En effet, l’encre antique étant constituée en partie de cendre, il va de soi qu’elle ne tranchait pas suffisamment sur le papier carbonisé.
Mais, vous savez comment sont les Hommes. Il suffit qu’un élément échappe à leur compréhension pour qu’ils s’acharnent à le déchiffrer, coûte que coûte.

Les rayons X et les livres de la villa des papyrus à Herculanum

Eh bien, les chercheurs ont soumis un rouleau antique aux rayons X à contraste de phase. Oui, c’est un peu barbare comme appellation, en fait, il s’agit d’utiliser la déviation des rayons X lorsqu’ils traversent des couches de nature différente. Ces déviations enregistrées permettent de reproduire l’image des différentes textures traversées et donc, d’obtenir une image très sensible du support qu’on analyse.
Deux rouleaux ont donc été soumis au synchrotron européen de Grenoble, par le CNR italien, l’ESRF et le CNRS. Or, la technique des rayons X à contraste de phase, technique qui vous est maintenant familière, a permis de détecter, tenez-vous bien, la sur-épaisseur de l’encre sur le papier !

Ca y est, on a réussi à lire les livres de la villa des papyrus ?

Alors, c’est gagné ? On a pu lire les manuscrits ?
Non, pour l’instant, on en est au stade où on a réussi à séparer virtuellement l’encre et le papier carbonisé. Suprême exploit, on a réussit à lire des mots qui sont inscrit à l’intérieur des spires du rouleur, sans le dérouler.
Reste à élaborer un programme permettant de reconstituer les textes et, ça, c’est un autre univers qu’il nous faut explorer.
Il semblerait qu’il n’y ait pas de grands textes perdus de l’antiquité, si ce n’est une partie du texte De la nature d’Epicure.
Mais qu’à cela ne tienne. Vous connaissez les Hommes. Tous les rouleaux n’ont pas encore été déchiffrés. Et surtout, toute la villa n’a pas été fouillée. Donc, on va s’y atteler.
Restez donc brancher sur italie1.com et nous vous donnerons des nouvelles… dans 10 ans si tout va bien. C’est le délai que se fixent les spécialistes, en espérant obtenir un budget suffisant pour mener à bien ce projet.

Et à part la villa des papyrus ?

Au fait, à propos de matériaux carbonisés, savez-vous qu’à Herculanum, on peut voir, outre la maison des payprus,  la “maison au mobilier carbonisé”, avec un lit (un triclinium, c’est-à-dire un lit de table puisque les romains adoraient manger couché) une rambarde de mezzanine et des étagères ?

Pour ceux que les découvertes dues à la technologie moderne intéressent, je vous renvoie à deux de mes précédents articles :

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