| |

La Befana,
autrefois appelée "stria" (mégère ou sorcière), était
attendue avec anxiété par les enfants qui, en ce temps-là,
ne recevaient que quelques modestes cadeaux.
On réchauffait la pièce où la vieille sorcière devait
venir, en passant par la cheminée. Afin qu'elle restât
le plus longtemps possible, on mettait sur la table
différents mêts, des fruits et un peu de vin.
On mettait aussi du foin sur le seuil de la maison
pour son âne. On pendait à la cheminée de vieilles
|
chaussettes: le récipient typique pour accueillir la
générosité de la "stria".
La sorcière offrait la couronne, espèce de chapelet
dont les grains étaient faits de châtaignes cuites,
de pommes et d'oranges. Tous ces fruits étaient enfilés
sur une ficelle: les châtaignes, groupées par dix, étaient
les "Ave Maria" (Je vous salue Marie), les pommes le
"Padre Nostro" et, dulcis in fundo, une orange finissait
le rosaire. On s'empressait d'achever le ménage, de
crainte que la Vieille ne vienne tout déranger.
Les garçons des hameaux allaient dans la forêt chercher
du bois de rouvre, des "visoni", c'est-à-dire des fleurs
sèches de houblon, des souches qui brûlaient facilement
et rangeaient tout ce bois en tas dans la cour, dans
l'attente d'exécuter la Vieille Sorcière. Après son
passage, |
les
garçons s'amusaient avec leurs cadeaux: surtout des
fruits, déposés par les parents dans les chaussettes
pendues à la cheminée, et appelés "buijelo" en dialecte
vénitien. La nuit des Rois, parmi les cris, les chants
et les pleurs d'enfants, on brûlait la vieille sorcière,
sorte de pantin de paille, vêtu de guenilles, lié
à un poteau au-dessus du feu, dans la cour. On attendait
alors, en mangeant et en plaisantant, que le feu "vengeur"
finisse de brûler les cendres de la Vieille, qui avait
été très généreuse. Dans chaque hameau on pouvait
voir de grands feux qui animaient vallée et monts,
et éclairaient le ciel qui, peu à peu, s'obscurcissait
au fur et à mesure que les feux s'éteignaient.
Texte
tiré du site http://www.ac-grenoble.fr/Euronews/news1/traditalie2.htm
|